Vous avez dormi 8 heures. Et pourtant, ce matin, vous vous sentez… vide. Si cette situation vous parle, il y a une explication simple : il existe plusieurs formes de repos et le sommeil n’en est qu’une seule. Nous revenons de deux semaines de vacances, nous passons un week-end à «rien faire» et pourtant nous nous sentons vidés.
Parce que nous récupérons sur un seul plan, en négligeant tous les autres.
En 2017, la médecin américaine Saundra Dalton-Smith publiait « Sacred Rest », un livre qui allait transformer la manière dont je parle de la récupération à mes clients. Elle y identifie sept formes de repos distinctes, chacune répondant à un besoin différent. Et la plupart d’entre nous en négligent six.

Ces formes de repos que l’on néglige
Nous vivons dans une culture où le repos se résume souvent à une seule chose : dormir. Comme si le corps était une batterie qu’il suffisait de brancher le soir pour qu’elle soit rechargée le matin.
Mais notre épuisement moderne est rarement uniquement physique. Nous sommes fatigués d’informations, de décisions, d’émotions à gérer, de stimulations permanentes, d’attentes à satisfaire. Le corps peut dormir pendant que le cerveau continue à tourner, que les émotions restent à fleur de peau, que les sens restent saturés.
C’est ce que Dalton-Smith appelle le « déficit de repos » : on accumule des dettes sur plusieurs plans simultanément, sans jamais rembourser vraiment.
La bonne nouvelle ? Une fois qu’on identifie de quel type de repos on manque, on peut agir, souvent avec des gestes très simples.
Les 7 formes de repos et comment les reconnaître
1. Le repos physique
C’est le plus connu, le plus valorisé. Il prend deux formes :
- Passif : dormir, faire la sieste, s’allonger, ne rien faire de son corps.
- Actif : yoga doux, marche lente, étirements, sophrologie, des activités qui aident le corps à récupérer sans s’épuiser davantage.
Signe que vous en manquez : tensions musculaires chroniques, sensation de lourdeur dans les membres, douleurs diffuses sans cause identifiée, jambes lourdes le soir.
Ce que vous pouvez faire : une sieste de 20 minutes (pas plus car au-delà, vous entrez en sommeil profond et le réveil est difficile). Ou 10 minutes d’étirements doux le soir, avant le coucher.
2. Le repos mental
Le mental en manque ne s’arrête pas. Il planifie, anticipe, analyse, ressasse, même sous la douche, même la nuit. Il confond activité et productivité, et s’épuise dans les deux.
Ce qui ne repose pas le mental : le scroll. Passer d’une image à une information à une publicité à une émotion, toutes les deux secondes, c’est un marathon cognitif déguisé en pause.
Ce qui le repose vraiment : laisser l’esprit vagabonder sans destination (la douche, la marche sans écouteurs, regarder par la fenêtre). Ou les activités monotâches légèrement engageantes : mots fléchés, Scrabble, Boggle, sudoku. Ces jeux capturent doucement l’attention sur une seule tâche, mettent les ruminations en veille, et créent un état proche du flow, calme, concentré, présent.
Signe que vous en manquez : difficulté à vous concentrer, pensées intrusives, sentiment de ne «jamais décrocher», fatigue dès le réveil malgré une nuit correcte.
Note : en sophrologie, le repos mental est l’une des premières cibles de travail. L’état sophroliminal, entre veille et sommeil, permet au mental de s’apaiser sans s’endormir, et de récupérer en quelques minutes ce qu’une heure de surf sur les réseaux ne peut pas lui donner.
3. Le repos émotionnel
Voici celui qu’on oublie le plus souvent et qui explique pourtant beaucoup de burn-out.
Nous dépensons de l’énergie émotionnelle en permanence : sourire quand on est fatigué·e, rassurer les autres quand on est soi-même inquiet·e, gérer des conflits, absorber les angoisses de son entourage, maintenir une façade de compétence et de sérénité au travail.
Le repos émotionnel, c’est l’inverse : pouvoir être authentique, dire « je suis épuisé·e » sans s’excuser, être avec quelqu’un devant qui on peut déposer le masque ou être seul·e, sans rien avoir à performer.
Signe que vous en manquez : irritabilité inexpliquée, sentiment d’être à bout de nerfs, pleurs sans raison apparente, impression que «personne ne comprend vraiment».
Ce que vous pouvez faire : identifier une personne dans votre vie devant qui vous pouvez être vrai·e. Prévoir du temps seul·e sans obligation de « faire bonne figure ». Et si ce type de repos vous fait défaut depuis longtemps, la thérapie ou un accompagnement sophrologique peut aider à en comprendre les raisons.
4. Le repos sensoriel
Nos sens sont sollicités en continu : bruits de bureau (open space, notifications, climatisation), lumières artificielles, odeurs de la ville, écrans partout. La surcharge sensorielle est devenue tellement ordinaire qu’on ne la perçoit plus, jusqu’à ce que le silence, quand il arrive, révèle à quel point on était sous tension.
Le repos sensoriel, c’est le silence choisi, l’obscurité apaisante, un repas sans fond sonore, une marche sans écouteurs, les yeux fermés pendant quelques minutes dans la journée.
Signe que vous en manquez : hypersensibilité aux bruits (un bruit ordinaire vous fait sursauter), aux lumières fortes, aux odeurs, aux textures. Ou au contraire, besoin constant de bruit de fond pour ne pas «entendre le silence», ce qui peut être le signe d’une saturation sensorielle profonde.
En séance de sophrologie, la phase d’installation, yeux fermés, relâchement des muscles du visage, de la mâchoire, des yeux , est un moment de repos sensoriel actif. Beaucoup de personnes disent que c’est la première fois depuis des semaines qu’elles ne regardent rien et n’entendent rien. Quelques minutes suffisent à ressentir un relâchement notable.
5. Le repos créatif
Différent du repos mental : ici, il ne s’agit pas de vider, mais d’alimenter. Se laisser inspirer, toucher, émerveiller, sans rien créer en retour.
Un coucher de soleil regardé vraiment (pas photographié). Une exposition. Un concert. Un livre qui vous transporte. Un paysage qui vous tient compagnie. Ce repos nourrit ce que les psychologues appellent la «restauration de l’attention», la capacité de se reconcentrer après une période de saturation.
Signe que vous en manquez : sentiment de sécheresse intérieure, perte d’enthousiasme, impression de «tourner à vide» créativement, travail qui devient mécanique.
6. Le repos social
Toutes les interactions sociales ne se valent pas énergétiquement. Certaines personnes vous ressourcent et vous vous sentez mieux après les avoir vues qu’avant. D’autres vous épuisent. Non pas parce qu’elles sont «mauvaises», mais parce que la relation demande un effort constant de performance, d’adaptation ou de soin.
Le repos social, c’est apprendre à distinguer les deux, et à s’accorder du temps seul·e ou avec les bonnes personnes, celles devant qui on n’a pas à jouer un rôle.
Ce n’est pas de l’isolement. C’est de la régulation consciente. Et pour les personnes très empathiques, ou celles dont le métier exige une présence relationnelle intense (soignants, enseignants, managers, thérapeutes), ce repos est vital.
Signe que vous en manquez : sentiment d’obligation dans vos relations, épuisement après la plupart des interactions sociales, envie de disparaître après une soirée pourtant agréable.
7. Le repos spirituel
Pas nécessairement religieux, même si la pratique religieuse peut en être une forme. Le repos spirituel, c’est le sentiment d’appartenir à quelque chose qui dépasse le quotidien. D’avoir une raison qui donne du sens à ce qu’on fait.
Il peut prendre la forme d’un engagement associatif, d’un sentiment de sens dans son travail, d’une connexion à la nature, d’un acte de générosité, d’une pratique méditative ou d’une simple contemplation.
Signe que vous en manquez : sentiment de vide existentiel, de faire les choses « pour rien », perte de motivation profonde, impression que rien n’a vraiment d’importance. Ce type de fatigue est l’une des composantes du burn-out, souvent la plus difficile à nommer.
Et concrètement, par où commencer ?
Inutile de tout révolutionner. Voici une approche en trois temps, simple et progressive :
Étape 1 : Identifier votre manque principal
Relisez les 7 formes et posez-vous honnêtement la question : laquelle résonne le plus avec votre état actuel ? Laquelle vous manque vraiment ?
Vous pouvez aussi vous demander : dans quelle situation est-ce que je me sens le plus rechargé·e ? En dormant ? En étant seul·e ? En chantant ? En regardant la mer ? La réponse pointe souvent vers le type de repos dont vous avez le plus besoin.
Étape 2 : Introduire une seule micro-pratique
Pas une heure. Cinq minutes. L’objectif n’est pas de tout changer, c’est d’ouvrir une porte.
- Repos mental : 10 minutes de mots fléchés ou de Boggle, sans téléphone.
- Repos sensoriel : un repas sans fond sonore, yeux ouverts sur ce qu’il y a dans l’assiette.
- Repos émotionnel : un message à quelqu’un de confiance : « Je suis fatigué·e. Tu as 10 minutes ? »
- Repos créatif : s’asseoir dehors 5 minutes et regarder le ciel, sans téléphone, sans objectif.
- Repos social : une soirée seul·e, sans culpabilité, à faire ce qu’on aime vraiment.
Étape 3 : Observer sans juger
Pas évaluer. Pas chercher à savoir si ça « marche ». Juste observer comment vous vous sentez après. La conscience de ses besoins est déjà le premier geste de récupération.
Et si vous observez que certains types de repos vous sont devenus inaccessibles, si le repos émotionnel vous semble impossible parce qu’il n’y a personne, ou si le repos spirituel vous semble absurde parce que vous avez perdu le sens, c’est peut-être le signe qu’un accompagnement peut aider.
Sophrologie et formes de repos : ce que nous travaillons ensemble
La sophrologie est, par essence, un entraînement à une meilleure conscience de ce qui est bon pour nous. Dans le cas de la récupération, elle nous invite au repos de qualité. Pas au repos subi, au repos choisi, conscient, actif.
En séance, nous travaillons sur plusieurs dimensions simultanément :
- Repos physique actif : relâchement musculaire progressif, prise de conscience des zones de tension.
- Repos mental : techniques d’apaisement du mental, état sophroliminal (entre veille et sommeil).
- Repos sensoriel : installation dans le corps, relâchement du visage et des yeux.
- Repos émotionnel : espace de non-performance, accueil de ce qui est là sans jugement.
- Repos créatif : visualisations positives, voyages intérieurs, images ressources.
Ce n’est pas de la magie. C’est un entraînement, comme on entraîne un muscle. Et avec la pratique régulière, les effets se généralisent au quotidien : on récupère mieux la nuit, on décroche plus vite après un stress, on dépense moins d’énergie à «tenir».
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| À propos Je suis Valérie Fanget, sophrologue certifiée RNCP et hypnothérapeute, fondatrice de Mieux Vivre Sophrologie. Je reçois au cabinet à Paris 10e (Espace Terapya) et en visio. J’accompagne les actifs à réguler leur stress et leurs émotions au travail, les étudiants pendant les révisions et avant les examens et les personnes en parcours de soins. J’interviens également en entreprises autour des thématiques du stress, du sommeil, des aidants. |
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